L’utilisation du manioc pour l’alimentation animale en Afrique: comment tirer profit d’une culture en expansion

Le Nigéria, premier producteur mondial de manioc, a lancé un Plan de transformation du manioc dont l’objectif est de renforcer la filière de cette culture tant au niveau local qu’international. L’utilisation des sous-produits issus de la transformation a notamment fait l’objet d’un intérêt particulier pour le potentiel qu’elle revêt. Le Partenariat mondial pour le manioc au 21ème siècle (GCP21), avec le Ministère de l’agriculture et du développement rural du Nigéria (FMARD), organise à la fin du mois d’octobre une rencontre de spécialistes pour jeter les bases d’un système de fabrication d’alimentation animale à base de manioc. La réunion, qui bénéficie du soutien du RTB, a pour objectif d’étudier la faisabilité commerciale d’un système qui pourrait ensuite s’appliquer à de nombreux pays africains.

Cassava peeling

Femmes épluchant le manioc au Cameroun (photo D. Dufour)

Le manioc représente la première culture vivrière en Afrique sub-saharienne, et occupe la quatrième place dans le monde comme source d’énergie alimentaire après le blé, le maïs et le riz. Généralement cultivé par les petits agriculteurs qui apprécient sa résistance à la sécheresse et aux sols peu fertiles, le manioc a reçu le surnom de « culture du 21ème siècle ». Il est d’ailleurs en expansion, comme l’a indiqué la FAO dans son guide “Produire plus avec moins” : la production mondiale a augmenté de 60% depuis l’an 2000, pour un total projeté de 282 millions de tonnes en 2012 (dont 52,5 millions de tonnes prévues au Nigéria).

Cassava peels

Epluchures de manioc au Nigéria (photo V. Durroux)

L’organisation internationale pour l’agriculture a également souligné que le potentiel post-récolte est vaste : «  Aliment pour le ménage, fourrage pour le bétail et matière première pour une large gamme de produits à valeur ajoutée, de la farine grossière aux gels d’amidon issus de technologies avancées, le manioc est vraiment une culture polyvalente. » Les racines et les feuilles sont consommées directement, ou transformées en farine et semoule, tandis que l’amidon des racines trouve de nombreuses applications dans l’industrie. Tant les racines que les feuilles peuvent être données directement aux animaux, ou entrer dans la composition d’aliments pour animaux vendus dans le commerce.  Les animaux nourris  avec des aliments à base de manioc sont généralement en bonne santé, résistent bien aux maladies, ont un faible taux de  mortalité et n’ont besoin que de faibles apports d’antibiotiques, voire aucun, dans leur alimentation », indique la FAO dans son rapport.

Dans le cadre du Plan de Transformation du manioc avec le Nigéria, le GCP21 souhaite traiter la question des sous-produits comme les épluchures, qui sont en général abandonnées ou au mieux utilisées comme combustible. « Quand le Plan de transformation sera terminé, la quantité de sous-produits issus de la transformation au Nigéria devrait atteindre deux millions de tonnes par an … c’est l’occasion idéale pour mettre en place un système de fabrication d’alimentation animale à échelle industrielle », explique Claude Fauquet, le directeur du GCP21. Pour cela, il sera nécessaire d’engager de nombreux partenaires, notamment le ministère de l’agriculture, la recherche, le secteur privé et les investisseurs.

Avec le soutien du RTB, de l’ILRI, des programmes de recherche du CGIAR HumidTropics, Livestock and Fish, de l’IITA et du FMARD-CTA, le GCP21 réunira du 28 au 30 octobre prochains au siège de l’IITA à Ibadan au Nigéria, une cinquantaine de spécialistes du manioc et de l’alimentation du bétail pour étudier la faisabilité commerciale d’un système de fabrication d’alimentation animale à partir du manioc. Une attention particulière sera portée aux technologies de transformation locales de petite échelle et à l’identification de partenaires. Parmi les résultats attendus de la rencontre, une feuille de route pour le développement du système, un plan d’action pour le Nigéria et des projets pilotes pour répondre à des questions spécifiques.

Contact :

Dr. Claude Fauquet, Directeur du GCP21 – c.fauquet(at)cgiar.org