“Au Burkina Faso, la patate douce fait sa promotion toute seule”

Koussao Some fait de la recherche sur la patate douce à l’Institut de l’environnement et de recherches agricoles (INERA) dans son pays, le Burkina Faso. Il a reçu une subvention de RTB pour participer à la 9ème conférence de l’African Potato Association à Naivasha, Kenya, où nous l’avons rencontré. Entretien avec un chercheur passionné par l’amélioration et la nutrition.

Quels sont les travaux que vous menez depuis quelques années?

Je travaille sur l’amélioration de patates douces pour obtenir des variétés à hauts rendements et à teneur élevée en bêta-carotène, le précurseur de la vitamine A. Avec l’équipe de l’INERA, nous avons fait des croisements entre des variétés locales (où prédomine la chair blanche et jaune) et des variétés importées avec chair orangée, bien plus riches en vitamine A. Nous avons travaillé avec des agriculteurs pour la sélection. Nous allons plus vite que prévu : en deux ans, nous avons sélectionné 12 variétés à haut rendement sur les 33 variétés que nous avons créées. Au cours des deux prochaines années nous espérons obtenir l’homologation.
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Quelle est la popularité de la patate douce au Burkina Faso?

La patate douce a connu un succès croissant dans le pays au cours des dix dernières années. De 27 000 tonnes produites en 2001 dans le pays, nous sommes passés à 141 000 tonnes en 2011, soit une augmentation de 400%. Les agriculteurs se sont rendus compte qu’ils pouvaient produire beaucoup sur une petite superficie, sans abîmer les sols, et en générant de bons revenus. La promotion s’est faite toute seule! La patate douce peut se cultiver sur des sols relativement pauvres. Cela explique sans doute en grande partie la désaffection progressive pour l’igname, qui demande de défricher de nouveaux sols et dont la culture n’est pas facile. N’oublions pas qu’avec la croissance démographique, nous avons davantage de demande, et moins de terres disponibles. De plus les Burkinabés aiment les patates douces, qu’ils appellent simplement “patates”. Ils aiment les manger bouillies, ou frites. En fin d’après-midi, il est habituel de voir des femmes vendre des frites de patate douce au bord des routes. Car il ne faut pas oublier : au Burkina, si les hommes cultivent la patate, une fois produite elle devient l’affaire des femmes. Ce sont elles qui les transforment et qui les vendent. Les producteurs le savent bien : ils ne vendent qu’aux femmes!
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Quelle évolution voyez-vous dans la consommation de la patate douce, et en particulier des variétés à chair orangée?

Il faudrait pouvoir diversifier les modes de consommation, par exemple par la transformation en farine qui permet un transport et un stockage plus aisés. Quant à la patate orange, elle plaît beaucoup aux enfants par son goût et sa couleur. Avec du lait, elle devient un aliment très riche. Le goût est un peu trop sucré pour les consommateurs adultes. Il faut trouver de nouvelles recettes…
Nous avons la chance d’avoir le soutien du projet SASHA qui nous permet de collaborer avec d’autres experts, de participer à des réunions cultivateurs-consommateurs et d’avancer dans nos recherches pour l’introduction de patates à chair orangée. Notre département de technologie alimentaire se penche sur toutes les questions de goût, de nutrition et d’acceptation par les consommateurs. Nous comptons aussi sur l’aide du Centre international de la pomme de terre (CIP) à travers son laboratoire de qualité nutritionnelle basé a Kumasi, au Ghana, qui possède la technologie dite du “Infrared Spectrum Photometry”: nous leur envoyons des échantillons et ils nous communiquent les résultats. Le CIP nous aide également avec la rénovation de la serre de notre station expérimentale de INERA-Kamboinse près de Ougadougou, et l’unité de virologie du CIP travaille avec notre virologiste à Kamboinse.
Avec RTB nous voyons aussi de nouvelles opportunités s’ouvrir. Il est important de trouver de nouveaux partenaires pour nous accompagner!

Propos recueillis par Véronique Durroux-Malpartida, photos de Koussao Some

Koussao Some a fait son doctorat au West African Center for Crop Improvement (WACCI) à l’Université du Ghana, à Legon, avec le soutien d’AGRA. Il a obtenu une subvention d’AGRA pour son travail de phytogénéticien-sélectionneur. A la dernière conférence de l’APA, il a été élu représentant de l’association pour l’Afrique de l’Ouest.